À Madagascar, l’obscurité n’est pas qu’une question de cycle naturel, c’est une barrière sociale. Avec 70 % des foyers privés d’électricité, la nuit est un luxe coûteux. Dans les zones enclavées ou les quartiers trop pauvres pour se raccorder au réseau officiel, une micro-économie de la lumière s’est installée. Ici, on ne paie pas de facture à la Jirama, la compagnie nationale d'eau et d'électricité, on loue l’électricité à la journée.

Dans la périphérie d'Antananarivo, les poteaux électriques sont parfois tout proches, mais le courant reste inaccessible. Pour 300 ariarys par jour, soit à peine six centimes d'euro, elle accède à ce que l'on appelle ici un bazar, un hub énergétique où la lumière se loue sans engagement.Cette solution alternative, soutenue en partie par des fonds de la Banque mondiale, s'inscrit dans un paysage énergétique en pleine mutation. Si le gouvernement de Refondation affiche sa volonté d'accélérer l'accès à l'énergie, la Jirama, la compagnie nationale d'eau et d'électricité, reconnaît que ses infrastructures ne peuvent plus suivre la démographie.
Pour les oubliés de la capitale, la lumière reste un produit de location : une autonomie précaire, payée au jour le jour.

La soif, une taxe invisible pour les plus précaires
À Antananarivo, ouvrir le robinet est devenu un calvaire. Dans une capitale qui a largement dépassé ses capacités d'accueil, le réseau d'eau est à bout de souffle. Pour des millions de Malgaches, l'eau a désormais un prix : celui de l'effort physique et d'une économie de l'ombre qui pèse sur les plus modestes. Payer dix fois le prix officiel pour un bidon d'eau : une réalité que l'État ne peut occulter. On admet, à demi-mot, que ce système D est devenu la béquille indispensable d'une population assoiffée.

La problématique majeure, c'est que les infrastructures en eau à Madagascar sont toutes vieilles. Les ménages ne peuvent pas se passer de cette économie informelle afin de s'assurer de leur approvisionnement en eau, confirme Romuald Mara, directeur général au ministère de l’Eau. C'est à partir du moment où les gens puisent l'eau sur ces points d'eau et qu'ils la revendent après que ça crée des prix très variés selon les conditions de distance, de transport, etc.


